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​​​​​​​Une touche de philosophie dans son Alzheimer

26 Avril 2026

Le 14 février 2025, j’ai appelé ma mère vers 7h50, juste avant les soins. Elle m’a surpris par une forme de sérénité rare.

— Bonjour maman, comment ça va.

— Presque bien, ma chérie… mais pas entièrement.

— C’est moi, Gilles, qui te parle.

— Ah, ça me fait plaisir. Je suis contente de savoir que tu vas bien.

Je lui demande comment elle se sent physiquement. Pas de douleurs, dit-elle. Elle réfléchit à ce qu’elle doit faire ou ne pas faire, mais elle « prend les choses comme elles viennent ». Une petite philosophie du quotidien, posée là, sans effort.

— Je n’ai pas grand-chose à faire, alors je prends mon temps.

— Ça me fait plaisir de t’entendre comme ça.

— Je ne suis plus toute jeune, mais j’aime avancer.

Elle parle calmement, sans agitation, sans inquiétude. Je lui dis que j’aimerais qu’elle soit heureuse.

— Je ne suis pas si malheureuse, tu sais. J’ai un lit, c’est déjà bien.

Elle évoque sa chambre, ses objets, ses photos. Les deux petites filles au-dessus de sa table de nuit ont maintenant quatre ans. Elle s’en souvient. Elle sourit à l’idée.

— J’aime parler avec toi.

— Moi aussi.

Elle dit qu’il faut savoir se contenter de ce qu’on a. Qu’on passe une bonne journée quand on pense simplement, sans se tourmenter. Elle remarque qu’il fera sans doute soleil. Elle a faim, un peu.

Je lui propose de la laisser aller déjeuner.

— Je t’embrasse fort. Embrasse bien ta femme de ma part.

— Je t’embrasse aussi, maman. Je pense fort à toi.

— Moi aussi, ma chérie.

— Passe une très bonne journée.

— Au revoir, mon fils.

Un matin différent

Ce matin-là n’avait rien à voir avec les autres. Pas de « je suis perdue ». Pas de « je veux mourir ». Pas d’ennui, pas de détresse.

Était-ce une accalmie, une parenthèse, un moment d’acceptation comme il en existe parfois dans la maladie d’Alzheimer Ou bien cachait-elle ses désarrois Je ne le saurai pas.

Mais j’ai accueilli ce moment comme un cadeau.

Et vous ?

Si vous avez un proche atteint d’Alzheimer, votre expérience m’intéresse. Ces instants de lucidité, de douceur ou de confusion, ces éclats de philosophie inattendus… Ils disent quelque chose de la maladie, mais aussi de ce qui reste vivant malgré elle.

Vous pouvez partager votre témoignage en commentaire sur le blog.

 
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