Etrange rencontre
Nous allions avec mon collègue Bernard régulièrement À Paris pour des réunions au siège de la société, au lieu de descendre du RER à la gare d'Austerlitz nous descendions à Saint-Michel pour finir notre trajet jusqu’à la gare de Lyon à pied. Je trouvais plus agréable de marcher dans les rues de Paris plutôt que de traverser le pont entre les 2 gares, nous passions près de Notre-Dame puis vers la fin de notre déambulation nous nous arrêtions dans un bar. Ce matin-là notre TGV arrivait bien avant l'horaire de la réunion. Alors nous sommes partis en direction de Saint Michel. Il était midi moins le quart quand nous arrivâmes devant notre bar habituel comme il faisait un peu de restauration nous avons demandé si nous pouvions déjeuner. Le patron nous a dit que la cuisine n'était pas tout à fait prête mais que bon vous aurez le temps de prendre un apéritif et il nous a présenté sa carte. Une dame âgée est venue s'installer à la table voisine. Nous bavardions en prenant notre apéritif mais je n’étais pas complétement à la conversation car j'observais notre voisine. Elle faisait des mots croisés, quand la cuisine a été prête nous avons été servis et ma foi c'était correct. En attendant son dessert notre voisine s'est remise à sa grille de mots croisés. Elle s'est mise à raturer apparemment un mot lui posait des problèmes. J'ai osé l'abordée et lui ai demandé la définition du mot qui avait l’air de lui poser un problème. Je l’ai trouvé, elle m'a remerciée et puis nous avons commencé à discuter, c'est quelque chose que je fais souvent que de m'adresser à des inconnus, je commence à raconter quelques éléments sur moi ce qui incite mon interlocuteur à se confier et cela met de la profondeur dans la conversation qui ainsi ne se limite pas au beau temps. Elle m'a expliqué la raison de sa venue. Elle n'allait jamais dans les bars. Si elle a voulu s'offrir un repas c'est parce que c'était un jour spécial, le jour de son quatre-vingtième anniversaire. Elle a voulu se faire un petit plaisir et elle m'a déclaré que d'avoir quelqu'un qui lui parle comme à une amie, c'était vraiment un beau cadeau d'anniversaire. Elle n'avait jamais eu d'enfants, elle était seule sa mère était morte depuis une vingtaine d'années et ses amies étaient mortes une à une. Elle m’a dit alors :
-Vous savez la solitude c’est très dur et vous vous êtes si gentil que j’ai envie de vous demander un service. J’ai une maison en Anjou dont je veux me débarrasser, acceptez-la !
- ce n’est pas possible, vous ne pouvez pas donner une maison, vendez-la, vous aurez une vie plus confortable
- cette maison vient de m’être léguée par le compagnon de ma mère. Chez le notaire je n’ai pas osé refuser. Après j’ai réfléchi ce leg j’aurai dû le refuser. Je ne veux rien avoir de cet homme. Si je n’ai pas revu ma mère depuis mes 16 ans, c’est de sa faute. Mon père est mort quand j’avais 10 ans, une année après ma mère s’est mise avec ce monstre. C’était devenu insupportable et j’ai fui la maison lorsque j’ai atteint les 16 ans. Ma mère ne m’a pas recherchée. Je ne vous en dis pas plus, je ne veux pas pleurer. Vous m’avez compris. Merci de m’avoir écoutée, acceptez la maison de ce monstre !
- je suis vraiment désolé je ne peux pas, j’ai une famille et une épouse qui ne comprendrait pas cette situation, qui va s’y opposer. Je souhaite que quelqu’un vous aide allez voir une assiste-sociale et racontez-lui votre histoire. Nous devons partir pour notre réunion, portez-vous bien !
Nous sommes partis sans parler, j’étais tout chose je me traitais intérieurement de lâche. J’avais mal réagi, j’aurai dû accepter et transformer ensuite ce don en viager. Mais avec une épouse qui refuse tout grand trajet en voiture et qui n'aime pas que je parle aux inconnus, il m’aurait fallu du courage.
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