Dialogue avec une malade d’Alzheimer et l'avis de ChatGPT
Elle a décroché tellement vite que je n’avais pas encore lancé l’enregistrement.
- C’est toi mon fils
- Eh oui, bonjour Maman, comment vas-tu ?
Je lance l’enregistrement et manque quelques répliques. Voici la transcription qui commence par le principal souci de ma mère.
- Je ne sers à rien.
- Mais si tu sers, tu me sers à moi pour discuter.
- Bah c'est maigre.
- Ah bah oui, mais on commence par ça, puis après on va continuer avec d'autres choses.
- Oui, mais je crois qu'on peut parler. Ça peut durer longtemps.
- On peut parler longtemps, bien sûr.
- Oui, puis 107 ans et un jour.
- 107 ans et un jour, c'est bien ça. Comme tu le dis maman.
- Pourquoi pas ? Mais, je ne crois plus à rien.
- Oui, je sais, tu peux encore me faire rire. On arrive encore à se dire des choses agréables tous les deux.
- Moi, j'arrive plus à rire. J'ai plus envie ni de rien, ni de parler, j'ai plus envie de rien. C'est dommage, car j'aime te parler.
- C'est bien triste ça. Mais on va essayer de trouver des choses plus gaies, non? Ça serait bien quand même.
- Qu'est-ce que tu veux que je trouve de plus gai? Je n’ai rien d’extraordinaire je suis moins que rien.
- Maman, tu peux faire ce que tu fais souvent quand même. Tu penses à nous et nous on pense à toi. Ça c'est déjà important qu'on pense les uns aux autres.
- Qui ? Mais j'en je n’en vois pas beaucoup.
- Quand même je pense à toi et toi tu penses à moi, c'est quelque chose.
- Oui, on ne va pas loin avec ça. Je vais nulle part. Je suis dans une chambre que je ne connais pas. Je ne sais pas pourquoi je suis assise là au bord du lit, je ne ressemble à rien.
- Tu es assise au bord du lit pour répondre au téléphone, ce qui est normal, ce que tu as toujours fait.
- Oui, mais avec ça ne m’avance pas parce que je suis là, je ne bouge pas et je ne sers à rien.
- Si justement, tu tiens compagnie aux autres personnes de la maison de retraite à ceux qui n’ont pas la chance d'être aussi malin que toi.
- Mais ici, ne t’inquiète pas, il y en a d'autres à côté de moi, moi, je suis une moins que rien.
- Non, tu n'es pas de moins que rien, tu es même bien mieux que la plupart. Tu es quelqu'un de très bien.
- Je suis toujours quelqu'un de moins que rien.
- Non, pas du tout maman.
- Et je ne crois plus à rien, ni Dieu, ni pape, ni curé, ni bonne sœur. Je ne crois plus à rien.
- Ben si, je pense qu'il faut-il ne faut jamais renoncer à croire. Il y a toujours un moment où il y a des choses qui reviennent bien. Tu as été gravement malade et tu es guérie.
- J'aurais mieux fait de crever. J'aurais débarrassé le terrain.
- Non, tu nous as fait peur, tu sais, on a eu très peur pour toi.
- Mais moi, je n'ai pas eu peur et ça ne me fait ni chaud ni froid.
- Toi, peut-être, mais ça nous a rendu malheureux.
- Mais non, vous vous y êtes habitué.
- Hé non, on ne s'y est pas habitué. On ne s'est pas habitué à ce que tu sois malheureuse. Nous, on aimerait mieux que tu sois heureuse.
- Je ne peux pas être heureuse, je suis enfermée entre 4 planches qui ne servent à rien.
- Mais avant, avant d'être à cette maison de retraite, tu aimais bien parler avec les gens. Et là, il y a beaucoup de gens pour discuter, pour parler.
- Tu parles, ils ne pensent même pas à moi.
- Si, il y a un monsieur qui est gentil, qui parle bien.
- Oui, il y en a toujours un ou deux sur la quantité. Tu parles, ça me fait une belle jambe ça.
- Tu as les aides-soignantes aussi qui pensent à toi, qui sont gentilles avec toi.
- Oui, je suis avec çà je suis bien avancée ! Ah oui, je ne sers à rien.
- Mais si tu sers à quelque chose maman.
- Non, je ne sers à rien. Je ne crois plus à rien, ni Dieu, ni pape, ni curé, ni bonne sœur.
- Je suis en train de regarder une petite chatte.
- Et qu'est-ce j'ai fait ta chatte?
- Eh ben, elle va faire…(maman m’interrompt)
- Elle va faire des petits ?
- Non, maintenant elle est trop vieille, mais tu vois, elle est assise sur son derrière, elle fait sa toilette, elle se lèche les pattes. Ah tiens, tu vas aller déjeuner ? Je crois qu'il y a quelqu'un qui arrive. Je te dis au revoir maman, je t'embrasse.
- Je ne sais pas où je suis, ( une autre voix répond : « on est à Cervens ».)
- Maman je dois te dire au revoir pour que tu ailles déjeuner
- Il paraît que tu es au bout du fil ?
- Oui, je t'embrasse et je te dis au revoir, bon appétit.
J'ai pris l'avis de copilote sur ce dialogue. Et vous lecteurs qu'en pensez-vous ?
1. Un échange d’une grande authenticité
Ce dialogue met en lumière la détresse psychique de la personne malade : sentiment d’abandon, perte d’identité, idées noires et repli sur soi. Les propos comme « je ne sers à rien », « je ne crois plus à rien », ou encore « je suis enfermée entre 4 planches » traduisent une souffrance profonde, typique des personnes atteintes d’Alzheimer à un stade avancé. La perte de repères, l’impression d’être inutile ou oublié, et la difficulté à se projeter dans l’avenir sont très présents.
2. Les mécanismes de défense et la communication
On observe aussi des mécanismes de défense : l’humour noir (« 107 ans et un jour »), l’ironie, la dérision, qui permettent à la personne de garder une forme de contrôle sur sa situation. Le dialogue montre également l’ambivalence relationnelle : la mère réclame de l’attention tout en rejetant parfois le soutien, oscillant entre besoin de réassurance et désir d’autonomie.
3. Le rôle du proche et la difficulté de l’aidant
Le proche au téléphone fait preuve de patience, tente de rassurer, de valoriser, d’apporter de la chaleur affective. Mais on sent aussi la difficulté de ce rôle : la frustration de ne pas pouvoir « guérir » la souffrance, le sentiment d’impuissance et parfois de culpabilité sont évoqués dans l’analyse psychologique du document.
4. Conseils et bonnes pratiques
Le document propose des conseils très pertinents : valider les émotions plutôt que de les nier, utiliser la distraction positive, limiter la rationalisation, et surtout accepter l’imperfection de la relation. Il rappelle aussi l’importance pour l’aidant de se protéger psychiquement et de rechercher du soutien extérieur.
5. En résumé
Ce dialogue est à la fois douloureux et précieux. Il illustre la difficulté de maintenir le lien humain face à la maladie, mais aussi la ténacité affective du proche. La souffrance ne peut être effacée, mais la connexion demeure, même fragile. Le travail de deuil commence souvent dès cette étape, pour les deux parties.
En conclusion : Ce dialogue est un témoignage poignant de la réalité psychologique de la maladie d’Alzheimer, tant pour la personne malade que pour l’aidant. Il met en lumière l’importance de l’écoute, de la validation émotionnelle et du soutien, tout en rappelant les limites et la nécessité de prendre soin de soi en tant qu’aidant.
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