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Résumé des futurs chapitres du roman article 40.

1 Septembre 2025

Avant propos

Une contrariété à propos des soins dentaires de ma mère m'a donné envie de reprendre mes écrits sur les Ehpad. Ma nouvelle, tout comme mon roman, est un peu inspirée de mon expérience mais mon récit n'est pas la réalité. Si quelqu'un croit se reconnaître ce serait une pure coïncidence ou l'aveux qu'il a commis des faits similaires à ceux que j'ai imaginés. Gaston le héros de cette histoire se livre beaucoup, n’allez pas croire que c’est moi. De même Clémence et Morgane sont les sœurs de mon héro pas les miennes. Les ennuis de notre mère sont la compilation de problèmes dont j'ai entendu parler qui sont arrivés à différents résidents d'Ehpad. Bonne lecture de mon résumé dans une nouvelle  :

Rire jaune

Je me précipite vers ma sonnerie lointaine, trop tard. C’est Clémence à cette heure-ci, cela ne peut être qu’un nouveau problème. Elle décroche tout de suite :

— Salut mon frère, je me doutais bien que tu allais rappeler, tu devais encore avoir laissé trainer ton téléphone.

— Bonjour Clémence, je suppose que tu reviens de l’Ehpad ? Qu’ont-ils encore fait pour nuire à notre mère ?

— L’homme de l’entretien m’a révélé pourquoi nous ne pouvions pas joindre notre mère la nuit. Morgane leur a demandé de couper le téléphone ne pas être dérangée par notre mère. Elle ne coupait pas le sien pour ne pas manquer d’appels importants d’après ce qu’elle a dit à ma fille.

— Mince ! Ils lui ont encore obéi, je fonce demain à l’Ehpad pour leur en parler. Je pense que cette coupure était dirigée contre nous. Maintenant je vais me prendre un whisky pour encaisser cette nouvelle bêtise. Je te souhaite une bonne soirée.

Je me sers un verre modéré et le savoure. Cela fait maintenant quatre ans que je lutte pour ne pas basculer dans l’alcoolisme. Je me privais complétement, depuis peu, je bois un peu. L’alcool me fait flotter légèrement juste ce qu’il faut pour être calme et je commence par rechercher le positif dans cette mauvaise nouvelle. Quand je le reprendrai, j’aurais matière à un chapitre de plus pour le roman dans lequel je partage mon expérience, déjà 100 pages et je n’ai pas encore abordé l’entrée dans l’Ehpad virtuel que j’imagine pour raconter des possibles différents du réel. Je pars bricoler dans la grange pour ne plus penser à Morgane pendant un moment. Dans la soirée je prends le somnifère puissant qui m’a été prescrit autrefois par le psychiatre.

Je me réveille quand même avant huit heures, c’est la bonne heure pour appeler ma mère. Elle répond vite :

— C’est mon Gaston, tu vas pouvoir me dire où je suis ce que je fais ici. Je suis dans une carrée, assise au bord d’un pieu, je vois une table ronde, coupée en deux, un fauteuil. Je ne sais plus qui je suis, je ne crois plus à rien.

— Maman tu es dans une maison de retraite, la Résidence des jours gris et le matin tu as toujours du mal à réaliser à cause de tes problèmes de mémoire. Au bout d’un moment, tu retrouves tes esprits et tu comprends ce que je t’explique. Tu vas bientôt déjeuner et moi je me prépare à partir pour venir te voir.

Je parcours les couloirs sans rencontrer personne et je trouve ma mère dans son fauteuil en train de lire le petit livre que je lui ai fabriqué pour raconter sa vie. Quand il ne m’a plus été possible de la joindre au téléphone, j’ai commencé à écrire ce fascicule à partir des enregistrements de nos conversations du matin. Elle est heureuse de me reconnaître. Je la regarde, triste de la savoir dans cette chambre. Je cherche ce qui pourrait être un agréable sujet de conversation. Cela pourrait être le tableau peint par un ami amateur qui représente mon père devant le jardin si bien entretenu par la main verte de ma mère. Mais le gazon et les buissons du petit espace vert devant la fenêtre, ne supportent pas la comparaison alors je préfère m’inquiéter de sa santé, elle a les propos habituels :

—Je vais bien, je n’ai rien du tout et c’est bien malheureux, les vieux ça n’arrive pas à crever. Je m’ennuie à cent sous de l’heure. Je ne trouve rien pour en finir. Dans le tiroir de ma table de nuit, il n’y a pas de médicaments.

— Maman, attend moi un instant. Je vais chercher du café pour accompagner les madeleines et je reviens bavarder.

 Coup de chance, au retour un groupe de trois aides-soignants discutent dans le couloir, je les aborde à propos de mes difficultés à joindre ma mère au téléphone le matin. La plus âgée déclare :

— c’est parce que votre mère est déjà au petit déjeuner, qu’elle ne répond pas.

C’est faux. Heureusement pour mes nerfs, le grand soignant sympathique révèle que le téléphone est décroché après le repas du soir par les veilleuses de nuit et remis le matin après les soins quand elle est dans la salle commune. Je leur explique qu’empêcher une personne suicidaire d’appeler son fils la nuit, c’est au pire la pousser à l’acte et au minimum la faire souffrir psychologiquement. La soignante prise à mentir change d’attitude et déclare qu’elle va mettre une pancarte dans la salle de l’équipe de nuit pour que le téléphone reste branché.

Je rejoins ma mère dans sa chambre. Nous regardons ensemble les photos de sa jeunesse dans un vieil album. Nous jouons aux dominos. Je lui montre les dernières photos de mes petites filles. Elle les trouve belles. Elle adore les enfants. Quand elle était aide-soignante en maternité, elle notait les prénoms des enfants qu’elle avait vu naître, il y en a plus de 900 dans un petit carnet. Puis j’emmène ma mère dans la salle commune, et quitte l’établissement. Trois heures en terre ennemie, c’est mon maximum !

Pendant le trajet de retour, je pense à ce qui me met mal à l’aise dans ce lieu. Ce n’est pas la chambre d’Ehpad, elle est similaire à celle de l’Ehpad publique où j’avais mis ma mère auparavant. Ce n’est pas ma mère, nous avons toujours de l’affection l’un pour l’autre. Ce qui me gêne c’est l’établissement imposé par Morgane et l’hostilité d’une partie du personnel. J’essaye de garder mon attention pour la route et de repousser mon flux de pensées.

 De retour à la maison je cache ma contrariété à mon épouse et me couche sans somnifère. Je me réveille à une heure du matin et ne peux me rendormir. J’essaye de ne pas ruminer mais plutôt de réfléchir à ce qui chez moi a conduit à cette situation. J’en arrive à la conclusion que ma grande faiblesse et de toujours craindre de faire du le moindre mal aux autres. Il possible que cela vienne de mon enfance. Il est vrai que mon père me martelait :

— ne soit pas égoïste, pense aux autres, toi tu ne comptes pas.

Je ménage et rends service à tous pour me sentir en accord avec mon éducation.  Afin de ne plus penser à tout ce bazar et dormir, je me mets à extraire des racines cubiques. Je me mélange dans les calculs, lors de ma troisième extraction, je tombe dans le sommeil.

Ce matin je mets dans ma liste des actions du jour un courriel au directeur de la Résidence des Jours Gris. Je lui expose poliment les faits et lui demande une rencontre. Il me rappelle en début d’après-midi. Je ne me retiens pas ; je lui remets en mémoire mes reproches principaux et leur impact sur ma mère :

Vous n’avez pas respecté votre procédure rigoureuse et le jugement de mise sous tutelle de notre mère qui dit que les décisions sont prises en commun par les deux tuteurs. Vous aviez la preuve de mon opposition et vous avez accepté une entrée décidée par Morgane seule. Les couloirs de l’Ehpad où je l’avais mise avec l’accord de toutes mes sœurs, ressemblait à ceux de l’hôpital où ma mère avait travaillé comme aide-soignante. Pour ma sœur l’environnement différent était un plus. Cette erreur montre son ignorance de la maladie d’Alzheimer. Ma mère aurait dû rester dans le lieu familier où le personnel la laissait les aider. Sa mémoire ancienne était stimulée et la dégradation de ses capacités cognitives freinées. Dans l’établissement privé actuel, le décor extérieur est plus chic pour satisfaire le goût de Morgane et l’intérieur est à peine plus décoré mais il est complétement étranger aux yeux de ma mère. Elle se plaint de n’avoir rien à faire ici. J’ai constaté ce que je craignais, sa maladie d’Alzheimer a franchi une étape lors de son déménagement et son moral s’est effondré au point qu’elle attend impatiemment la mort.

 Il y a trois ans, huit soignants dont des cadres ont conjointement rédigé un faux témoignage pour me faire perdre la tutelle de ma mère et ainsi être surs de garder la pensionnaire apportée par ma sœur. Votre document, pas daté et sans titre, comporte deux paragraphes : le premier concerne la pensionnaire, il est écrit que vos bons soins lui ont fait accepter la douche et qu’elle se laisse examiner par un médecin tous les mois. Le deuxième concerne les cotuteurs, ma sœur vient tous les jours et moi je ne serais venu qu’une fois dix minutes, et une deuxième fois vingt minutes et à chaque fois pour dire du mal de ma sœur. Le juge a accepté ce témoignage invraisemblable. Qui a déjà vu les cadres d’un Ehpad regroupés derrière une porte de chambre pour écouter le visiteur ? Disposant du compte Améli de ma mère j’ai pu prouver le caractère mensonger de l’affirmation sur les visites médicales, il n’y en a eu qu’une seule en cinq mois. Pour la douche ma mère a été douchée dans l’Ehpad précédent toutes les semaines pendant deux ans. Pour mon peu de visites et leurs durées, les enregistrements obligés par la Covid ont prouvé que j’étais venu plus et plus longtemps. Par trois fois j’y étais en même temps que Morgane. Nous avions joué à la belote, elle et son mari contre moi et ma mère. Ils trichaient contre eux-mêmes pour que ma sœur puisse dire tu as vu comme maman joue bien. Ensuite Morgane a détruit le carnet où ma mère avait noté le score de la partie. C’était tellement bête que j’en riais intérieurement pour ne pas ressentir de la colère.

L’année dernière, je suis arrivé juste après ma sœur dans votre établissement. La responsable qui a accepté l’entrée, a aidé ma sœur en les emmenant par un passage réservé au personnel. Ma mère m’avait vu, elle m’a appelé. Je lui ai dit que je l’attendrai dans sa chambre. J’ai attendu leur sortie par l’arrière de l’Ehpad, ma sœur a été dans sa posture hypocrite habituelle en déclarant avec sa voie mielleuse qu’elle vient de dire à ma mère qu’elle la raccompagne dans sa chambre pour me voir. Puis Morgane m’a reproché la méchanceté qu’elle a cru voir dans mes courriels qui étaient soit pour l’aider soit pour une médiation. Ma mère n’a plus toute sa mémoire, mais elle a de l’intuition et a compris ce qui se passait. La tentative de ma sœur de l’empêcher de me voir et les reproches qu’elle m’a faits l’ont déprimée. Votre personnel a mal réagi, ils lui ont supprimé les activités et votre médecin en l’absence du médecin traitant a prescrit un antidépresseur qui n’a pas convenu d’après les infirmières. Ma mère a refusé de s’alimenter. Clémence et moi ne pouvions exceptionnellement pas venir pendant trois semaines. Une de mes nièces a trouvé sa grand-mère apathique, sans forces et m’a alerté. Le lendemain matin j’étais avec ma mère et des compléments alimentaires. J’ai fait valider les produits que j’avais amenés par une infirmière qui m’a avoué que le refus de la nourriture avait presque 10 jours et qu’elle ne buvait plus depuis l’avant-veille. J’étais encore à ce moment-là la personne de confiance de ma mère et la personne à prévenir pour les problèmes de santé dans votre registre. Votre personnel en ne me contactant pas, prouvait qu’il obéissait à Morgane et s’était passé le mot de surtout pas me prévenir. Il m’a fallu trois heures pour que ma mère mange une bouchée de biscuit. Elle a accepté plus rapidement de boire et elle n’arrêtait plus. J’avais réussi à lui sortir de la tête le refus de s’alimenter.

J’arrête mes reproches, vous prie de m’excuser et vous remercie de votre écoute.

— J’ai bien conscience de nos erreurs c’est pour cela que je vous ai laissé vous défouler longuement. Maintenant on va pouvoir régler calmement ce problème de téléphone. J’ai interrogé le personnel. Il y a une affiche pour demander à tous les soignants de ne pas débrancher le téléphone de la chambre 16 et ils ont changé le poste pour être sûr de son bon fonctionnement.

Pendant une semaine ma mère me répond tous les matins. J’enregistre ses propos comme j’en ai pris l’habitude depuis le jour où elle m’a tenu des propos dignes d’un philosophe. Je tiens à conserver ses mots. Un matin la ligne se met à grésiller et la conversation devient difficile. Le lendemain ma mère raccroche car la communication est trop mauvaise.  Je ne me décourage pas facilement alors j’appelle les jours suivants. Surprise, un matin, une voix inconnue me demande qui je suis, pourquoi j’appelle ce poste. Un doute affreux me submerge : et si la standardiste utilisait le système multipoint du standard pour ajouter une deuxième ligne pour brouiller mon appel ? Elle viendrait de me connecter sur le poste d’une personne non prévenue ? Je continue néanmoins les appels pénibles qui sont courts pour ne pas fatiguer ma mère. Aujourd’hui, le bruit de fond me fait penser à du linge qu’on plie. J’entends une personne s’approcher, je reste en ligne, puis le bruit du raccrochement et la ligne devient nette.  Dans l’après-midi je fais tracer les signaux des enregistrements de la conversation par un logiciel et j’ai ainsi des preuves de ce que je soupçonnais. La présence du bruit de fond et sa disparition sont nettes. Je fais un recommandé avec mes preuves au directeur de l’Ehpad. Il m’appelle et nous convenons que ma mère sera seule dans sa chambre entre 8 h et 8h15 pour que je puisse l’aider à bien commencer sa journée. Les jours suivants une soignante me répond qu’il y a des soins en cours et que ma mère va partir déjeuner. Morgane est donc toujours considérée par des soignants comme une fille admirable qu’il faut aider à empêcher les contacts entre ma mère et moi.

Je replonge dans mes pensées obsédantes. Morgane à l’entrée dans l’établissement était venue 39 jours de suite jouer avec sa mère au centre de la salle commune. Dans l’établissement précédent, elle n’était venue qu’entre deux ménages pour les locataires de son studio du camp naturiste de Cap d’Agde. Pour remonter le personnel contre moi, elle a probablement raconté que j’avais volontairement caché l’allergie de ma mère à la xylocaïne ce qui aurait provoqué une crise cardiaque lors de la préparation de l’opération de son hernie hiatale. Quand je l’ai appris bien après, je n’en revenais pas. Morgane était avec moi quand je prenais des nouvelles de l’opération. Elle avait entendu l’infirmière nous dire que l’anesthésiste avait déjà vu la patiente sans nous en télétransmission à cause de la Covid.

Un autre appel de Clémence me perturbe fortement. Une aide-soignante lui a reproché le travail que lui procure la diarrhée de notre mère et lui a dit qu’elle repasserait plus tard pour la changer. En l’attendant, ma sœur a cherché une infirmière pour signaler que la diarrhée durait depuis plusieurs jours et demander une visite de médecin. L’infirmière, revêche, a refusé, prétendant savoir quels soins donner.

Je me remémore ce problème de santé. Pour le tout début je ne sais ce qui a motivé Morgane. Est-ce l’arrêt cardiaque ou sa certitude que notre mère ne vivrait plus qu’un an où un an et demi ? Toujours est-il qu’elle a réussi à convaincre le médecin de ne pas m’écouter et de ne pas examiner la possibilité d’une opération. Le médecin a néanmoins prescrit une ceinture pour maintenir l’intestin. Morgane était fière de dire qu’elle avait convaincu le médecin de l’Ehpad et le médecin traitant de retirer la ceinture. J’ai contacté ce médecin qui a accepté difficilement de me fixer un rendez-vous à l’Ehpad. Pendant que je l’attendais j’ai interrogé le personnel qui m’a dit que le médecin n’y était pas, une cadre m’a même dit qu’elle était allée voir en vain. Finalement le médecin est arrivé par le couloir qui conduit aux chambres. Le cahier des entrées pour la Covid m’avait appris que Morgane était avec ma mère. Cette femme médecin avait fixé le rendez-vous pour faire à la fois une visite qu’elle a facturée en visite longue et rencontrer les enfants. Elle a commencé l’entretien en me demandant d’intervenir auprès de ma mère pour qu’elle ne tienne pas certains propos. Ma réponse a été :

—  le personnel me parle en bien de ma mère et ne m’a jamais parlé de propos choquants. Le franc parler de ma mère n’est pas assez chic pour ma sœur, tant pis. Nous sommes là pour parler de la santé de votre patiente : dites-moi pourquoi vous avez supprimé la ceinture !

 L’explication m’a parue sortir de la bouche de Morgane. La doctoresse a osé me dire qu’elle privilégie le bien-être de la personne aux soins contraignants. Elle a essayé ensuite de se rattraper en voyant la contrariété sur mon visage. Elle m’a exposé sa théorie sur les malades d’Alzheimer en me disant que ma mère sera rapidement dans un monde à elle où elle ne se rendra plus compte de rien. Elle a ajouté qu’en dépit de mon conflit avec ma sœur, nous voulons tous les deux le bien de ma mère. Elle a cru Morgane, pas la peine de discuter, je suis parti.

Ce retour de mes pensées dans l’historique des événements me rend clair l’inadmissible de la situation. L’Ehpad soigne mal la résidente et s’en prend à Clémence alors qu’ils ont suivis Morgane dans l’absence de soins adaptés. Si les laxatifs sont indispensables pour éviter une occlusion intestinale ils provoquent aussi une grande souffrance psychologique constatée par la psychologue de l’établissement. L’incapacité à retenir ses excréments de ma mère, la font se sentir sale, elle dit qu’elle est une moins que rien, que sa place est entre quatre planches. Cette souffrance supplémentaire renforce sa volonté de mourir qu’elle a commencé à exprimer peu après son entrée dans cet établissement.

Cette nuit je n’ai pas dormi j’ai réfléchi à ma façon de gérer les événements. Je dois changer et faire appel à un professionnel, je cherche le numéro du psychiatre que j’avais consulté quand je ne supportais plus le harcèlement et les injustices du directeur du site où je travaillais. Je constate que la prise de rendez-vous se fait toujours de la même façon, le patient doit laisser un message pour être rappelé. J’explique que je viens de passer une nuit blanche en me traitant de tous les noms à cause de ma façon de réagir. Il me rappelle et me fixe un rendez-vous dans deux mois. Je dois me débrouiller seul en attendant. Je fais de la sophrologie et la solution jaillit : le lâcher-prise. Je renonce à agir pour ma mère. Morgane a gagné, je la laisse poursuivre ses erreurs de soins à ma mère. Je dois maintenant m’occuper de ma santé et me faire passer en priorité. J’ai lu dans de nombreuses méthodes de développement personnel qu’on ne peut faire du bien à autrui si on n’est pas bien soit même. Je n’appelle plus ma mère. Je ne reprends pas l’écriture du roman entrepris pour transmettre mes déboires. Je demande à Clémence de ne plus me téléphoner pour ne plus parler de Morgane et de ma mère. Elle m’approuve et me confirme que j’étais en train de me détruire et que ma mère ne se rendra pas compte de mon absence.

Dans la salle d’attente, je me remémore mes anciennes séances, je me trouve différent. Je ne viens pas chercher des médicaments pour m’anesthésier. J’espère avoir des explications pour me comprendre. Quelques minutes passent et le rideau insonorisant s’ouvre, nous échangeons les formules de politesses usuelles. Dès que je suis assis devant son bureau il commence :

—  Dans votre message pour prendre rendez-vous, vous m’avez dit m’avoir déjà consulté et vous m’avez parlé de troubles de sommeil. Vous pouvez m’en dire plus ?

— Je venais vous voir pour le harcèlement et la discrimination pratiqués par mon supérieur hiérarchique.  Aujourd’hui, c’est une de mes sœurs, grande manipulatrice, qui me provoque différents problèmes de santé.

— Je suis en train de vous remettre, vous étiez incapable de maîtriser vos torrents de paroles, vous aviez des pensées dans tous les sens, je vous demande de d’être méthodique. Résumez-moi votre problème !

— Celle de mes sœurs qui était la plus proche dans ses dires de ma mère a une haute opinion d’elle-même qui lui fait croire qu’elle sait tout mieux que tout le monde. Ma mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer mais a gardé une intelligence qui lui a permis de cacher ses pertes de mémoires pendant longtemps. Ma sœur est restée dans le déni en refusant toutes les évidences et me reprochait de m’occuper de ma mère en suivant les prescriptions du médecin expert et en particulier d’avoir mis ma mère en Ehpad.  Il s’en est suivi une série de procédures judiciaires que ma sœur a gagnées avec des mensonges de plus en plus gros. Allant jusqu’à mettre en œuvre ce qu’elle reprochait à d’autres et à m’accuser de ce qu’elle pratiquait.

— Vous me résumait du difficile à supporter, vous me donnez l’impression d’avoir été victime de votre sœur qui montre des traits de perversion.  Et pourtant vous avez l’air détendu. Qu’avez-vous fait depuis la prise de rendez-vous pour avoir ce résultat ?

— Le lâcher prise, j’ai accepté de vivre comme préconisé dans la prière attribuée à Marc Aurèle par certains et reprise par Albert Einstein d’après d’autres. Je me suis forcé à supporter ce qui ne peut être changé, j’ai eu le courage de changer ce que j’ai pu mais j’ai atteint mes limites. Les injustices m’ont appris distinguer ce qui est à ma portée de ce que je dois renoncer à traiter. Ma sagesse a été de changer ma perception des événements. Je me préserve maintenant, j’écoute les alertes de mon corps.

— Vous faites allusions à d’autre maux que les insomnies. Quels étaient-ils et où en êtes-vous ?

— J’avais des remontés gastriques parfois au point de vomir et une sorte d’exéma me provoquait des démangeaisons qui mobilisaient pendant les crises toute ma volonté pour résister à l’envie de m’arracher la peau. Je perdais la mémoire, au bout de quelques pas j’avais oublié ce que j’allais chercher. Depuis ma prise conscience, je ne me préoccupe pratiquement plus que de moi, tout a disparu sauf les pertes de mémoires qui se sont seulement réduites. Que pensez-vous de mon changement ? Va-t-il perdurer ? Vais-je rester cet égoïste qui refuse de voir les souffrances des autres ?

— Ce que vous avez subit a été suffisamment destructeur pour entraîner des conséquences graves sur votre santé physique et mentale. C’est dans ces circonstances-là que surviennent les grands changements de personnalité. Vous êtes et resterez différent maintenant, votre entourage s’en rendra compte mais vous serez suffisamment humain comme me le suggèrent vos questions. Vous avez eu raison de vous remettre en cause profondément.

— Merci docteur de votre compréhension.  J’ai toujours été exagérément serviable et gentil au point parfois de faire du mal en voulant faire du bien. Finalement, les dernières méchancetés de Morgane que j’ai vécu dans ce lieu particulier qu’est cet Ehpad, m’ont rendu service et je me crois aimer la personne imparfaite que je suis devenue.

— Je suis certain que cela sera bénéfique pour vous mais je me demande si l’Ehpad n’a pas aussi changé votre mère et votre sœur.

— Evidement la pathologie de ma mère a été aggravé par les interventions de Morgane dont le sentiment d’impunité a été développée par ses victoires en justice. Elle manipule plus facilement le personnel. Elle croit agir contre moi sans se rendre compte qu’elle détruit sa mère, tout en affirmant que sa mère et tout pour elle.

— Pourquoi avez-vous mis si longtemps avant de m’appeler ? Quels moyens avez-vous utilisés pour résister aux incohérences de votre sœur ?

— l’humour ! J’ai essayé de voir dans l’absurde des situations, un côté comique. Quand ma mère m’a dit deux mois après le changement je n’ai pas de visites j’avais trouvé drôles et ridicules les propos de Morgane sur ses 39 visites. Elle s’était donnée beaucoup de peine pour rien. Maintenant ma mère souffre beaucoup psychologiquement à cause des actions de Morgane.  Elle accusait l’Ehpad précédent de vouloir détruire psychologiquement sa mère pour la tuer. C’est pour cela qu’elle l’avait changée d’établissement. Cette ironie que j’avais trouvée amusante, je n’aurai plus à la supporter. Plus question de rire de ce qui m’apporte des souffrances, je veux être objectif et franc avec tous à commencer par moi-même. Je ne me force plus au rire jaune. Je vous remercie docteur.

 

 

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