Une étape à propos d’Alzheimer avant de revenir à des contenus plus professionnels
Avant de reprendre mes publications habituelles, j’ai besoin de partager une étape personnelle. Ma mère est décédée le 10 juillet 2026, et avant de proposer mes compétences ou mes analyses, je veux raconter une partie de ce que nous avons vécu. Pas pour m’apitoyer, mais pour transmettre quelque chose d’utile à ceux qui accompagnent un proche atteint d’Alzheimer.
J’ai récemment fait analyser une vidéo que j’ai réalisée à partir d’enregistrements quasi complets de son quotidien en Ehpad. Cette vidéo est difficile, mais elle est honnête. Elle montre ce que la maladie fait, mais surtout ce que un changement d’Ehpad peut provoquer chez une personne déjà fragilisée.
👉 Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=tS6R2KWsyME&t=1121s&pp=ygUNZ2lsbGVzIGxhY291cg%3D%3D
Pour comprendre ce qui s’est passé, j’ai posé une question simple : Comment un changement d’Ehpad affecte psychologiquement une personne Alzheimer ?
La réponse que j’ai obtenue est d’une clarté qui, je pense, pourra aider d’autres familles à éviter les souffrances que ma mère a connues.
1. Un déracinement brutal des repères
Pour une personne Alzheimer, l’environnement n’est pas un décor : c’est une mémoire. Les lieux, les visages, les routines, les bruits familiers… tout cela sert de béquille cognitive.
Changer d’Ehpad revient à effacer :
- Les repères spatiaux,
- Les repères sociaux,
- Les repères sensoriels,
- Les routines qui stabilisent.
Dans la vidéo, on voit ma mère passer d’un lieu où elle était encore stable, souriante, parfois lucide, à un endroit où elle ne comprend plus où elle est. Ce déracinement crée une angoisse profonde.
2. Un effondrement émotionnel
Le choc du changement ne se voit pas seulement dans les mots, mais dans le comportement :
- Propos récurrents sur la mort,
- Perte d’appétit,
- Refus de s’alimenter,
- Fatigue extrême,
- Confusion,
- Sentiment d’inutilité,
- Isolement,
- Perte du goût et du plaisir.
Ce n’est pas la maladie qui progresse soudainement : c’est l’environnement qui s’effondre autour d’elle.
3. Une désorientation totale
Dans un nouvel Ehpad, la personne ne reconnaît rien :
- Ni les couloirs,
- Ni les voix,
- Ni les routines,
- Ni les visages,
- Ni les règles du lieu.
Cette désorientation crée une angoisse existentielle. Dans la vidéo, ma mère dit : « Je ne comprends plus », « Je ne sais plus où je suis », « Je veux mourir ». Ce sont des phrases typiques d’une personne Alzheimer en rupture de repères.
4. Un sentiment d’abandon
Changer d’Ehpad, c’est perdre :
- Les soignants connus,
- Les résidents familiers,
- Les habitudes quotidiennes.
La personne a l’impression d’être déplacée, arrachée à son monde. Ma mère montre une perte totale de contrôle : elle ne sait plus comment agir, ni comment se situer dans ce nouvel environnement.
5. Le refus de s’alimenter : un symptôme émotionnel
Le refus de manger n’est pas seulement médical. Il traduit :
- La perte de motivation,
- La perte de plaisir,
- La perte de sens,
- Une forme de protestation silencieuse,
- Une volonté de “laisser tomber”.
Dans la vidéo, elle dit ne plus avoir de goût, ne plus avoir faim. Elle ne mange que lorsque j’insiste avec douceur.
6. Une dépendance affective accrue
Face au déracinement, la personne Alzheimer se raccroche à la seule présence stable : souvent un enfant.
Dans la vidéo :
- Ma voix la rassure,
- Ma présence la calme,
- Mon humour la ramène,
- Mon insistance douce l’aide à manger,
- Mon regard lui sert de repère.
Je deviens son ancre émotionnelle, son seul point fixe dans un monde devenu incompréhensible.
7. Une accélération du déclin
Un changement d’Ehpad peut provoquer :
- Une accélération de la confusion,
- Une perte des capacités restantes,
- Une aggravation de l’apathie,
- Une chute du moral,
- Une réduction des interactions sociales,
- Une augmentation des troubles du comportement.
Ce que montre la vidéo est typique : le déclin n’est pas linéaire, il est déclenché par le choc du changement.
Conclusion
Le changement d’Ehpad agit comme un séisme intérieur pour une personne Alzheimer. Il provoque :
- Un effondrement émotionnel,
- Une désorientation profonde,
- Une perte de sens,
- Une détresse existentielle,
- Un refus de s’alimenter,
- Une accélération du déclin.
Ma vidéo en est une illustration particulièrement claire et douloureuse.
Je partage cela ici parce que si ce témoignage peut éviter à une seule famille de vivre ce que nous avons vécu, alors il aura un sens. Dans mes prochains articles, je reviendrai à des contenus plus professionnels, mais cette étape était nécessaire.
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