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Une première expérience mouvementée.

Les événements se sont déroulés, au début de 1981, dans un centre de recherche privé de 150 personnes. Le fondateur M Bécaud avait fait ses études à Centrale Paris avec M Bertin l’inventeur de l’aérotrain.  Une petite rivalité lui avait fait créer son propre centre de recherche. Ayant fait des découvertes dans le domaine du frottement, il a spécialisé son entreprise dans la tribologie. Il a été innovant en gestion aussi en donnant la moitié des actions du centre au personnel, les conséquences ont été inattendues.  

Alors qu’il avait besoin d’un ingénieur, JJ Bécaud a embauché en plus deux ingénieurs qui lui avaient plu et a créé deux nouveaux postes pour le service appelé laboratoire où était traités les sujets les plus tournés vers le futur. Voilà comment je suis rentré dans cette histoire.

René Binet un des amis de M Bécaud était un passionné de l’innovation et du Japon où il passait la moitié de son temps. Ce psychologue, directeur du personnel d’un groupe numéro un mondial dans son domaine, avait au début de cette histoire 25 ans de métier. Il a voulu aider son ami en augmentant la créativité de ses chercheurs. Il venait animer deux groupes de créativité. Chaque groupe avait une douzaine de personnes choisies parmi ceux qui paraissaient créatifs, indépendamment de leur rôle dans l’entreprise et de leur niveau d’étude.

Nous visionnons des films sur les méthodes japonaises alors considérées comme les plus efficaces. Parmi les exercices, il nous a donné un exercice inspiré des arbres de Riguet. Le groupe était partagé en deux. Il fallait établir une liste exhaustive des solutions sous forme de croquis et les présenter dans un rapport. J’ai pensé que les solutions pouvaient être regroupées par catégories. Alors j’ai partagé le travail en attribuant une partie à chacun en fonction de ce que je le croyais capable de faire. Nous avons fini bien avant l’autre groupe et même plus rapidement qu’un groupe de polytechniciens. Nous étions pourtant que 2 ingénieurs, 1 BTS, 2 BEP et 1 avec trois ans d’école primaire seulement. Ce dernier avait été le premier à résoudre un problème antérieur avec une solution particulièrement efficace. J’en retiens que la créativité n’est pas liée au niveau d’étude. Les membres de mon groupe n’ont pas apprécié notre petit succès. Ils pensaient qu’ils n’avaient pas vraiment participés à cette victoire que c’était moi seul, en étant très directif, qui avait conduit au résultat. Pour l’exercice suivant je me suis mis en retrait. Personne n’a cherche à organiser, chacun a cherché dans son coin. Nous n’avons pas trouvé dans le délai. Le travail collectif est plus efficace s’il est bien organisé pour éviter de faire plusieurs fois la même tâche. 

Avant de lui demander créer les deux groupes de créativité René Binet avait parlé et peut-être fait suivre un stage d’activation mentale au PDG du centre de recherche qui a décidé d’envoyer trois salariés se former à cette technique de résolution de problèmes. Je découvre en rédigeant ses lignes que je viens de recommencer à utiliser une des techniques sans en avoir conscience. (je parle de l’activation mentale dans ma rubrique brouillon)

Le personnel du centre formés par M Binet a participé à deux concours nationaux qui ont été remportés. En plus de ma participation à ces deux groupes j’ai répondu en individuel à un concours de projet ou l’ai fini troisième national devant les chercheurs des grands groupes comme l’aérospatial ou Renault.

Fort de ses succès dans l’innovation, M Binet a pris des initiatives dans la gestion de l’entreprise. Il avait remarqué un manque de diversité dans l’âge du personnel alors il a demandé à mon groupe de créativité de faire la pyramide des anciennetés. Grosse surprise, le personnel avait plus de 10 ans d’ancienneté ou moins de 3 ans. Nous avons recherché les causes. Il y avait eu des embauches dans l’intervalle mais les jeunes partaient au bout de trois ans. Deux explications ont émergé. Les anciens craignaient pour leurs postes de chefs de service et ne voulait pas partager les profits. Lors de leur départ les jeunes devaient revendre les actions qui leur avaient été attribuées. Certains anciens en avaient accumulé beaucoup en en rachetant. M Binet a voulu que le groupe en parle avec JJ Bécaud. Bien que j’aie arrondi les angles notre patron a mal pris notre position mes exemples remettaient en cause les compétences des anciens et en particulier celles de celui qui avait été son premier salarié. JJ Bécaud est parti brutalement.

Pour ne pas rester sur cet échec nous avons décidé, entre nous, d’inviter à nos frais notre patron à diner. J’ai débattu en vain avec lui, tout le groupe avait le même avis, les anciens devaient arrêter de nous faire honte devant les clients et nous laisser plus d’autonomie. Nous avions Maurice, un ancien, avec nous à ce repas qui a confirmé notre avis. C’était trop pour notre patron. Il a quitté la table un peu groggy.

Mécontent notre PDG a cherché un responsable de cette fronde et chose étonnante il en attribuait la responsabilité à Jean Paul et pas à moi le porte-parole. Il est possible que M Binet lui ait parlé de ma créativité qu’il trouvait peu courante. JJ Bécaud m’invitait à déjeuner quand il avait envie de discuter innovation.

Auparavant J’avais voulu vérifier une idée alors j’avais travaillé sans dire ce que je faisais avec les machines du laboratoire. Passionné je n’avais levé le nez que quand la faim s’est fait sentir, il était 20 h je travaillais depuis 7h. Le lendemain les mesures de mon échantillon était tellement bonnes que je doutais des appareils de mesure. Ce jour là j’avais déjeuné avec JJ Bécaud je lui avais fait part de mon expérience et du résultat. Le lendemain matin il était venu me voir pour me dire « garçon c’est géant tu te rends compte des conséquences » et il m’en a énuméré quelques-unes. Ma réponse bête a mis fin à nos déjeuners : « je le savais mais je vous ai laissé trouver tout seul ».

Quelques temps après l’incident du groupe de créativité, j’ai profité de mes bonnes relations avec Maurice pour l’accompagner au siège de Matra pour rencontrer l’équipe formidable qui avait conçu le métro de Lille, la Baguera, l’Espace etc. Mon projet pour réduire la consommation des véhicules automobiles leur a plu, ils nous ont intégré à un projet qui devait durer 10 ans. Ils nous ont envoyé un projet de contrat qui apporterait 15% de notre chiffre d’affaires annuel.

Un peu électron libre mon déplacement chez Matra avait eu lieu sans que ma hiérarchie soit au courant et le produit que j’avais développé dans mon coin avec l’aide d’un ancien projecteur n’avait pas été non plus présenté à mon chef.

Vexé le directeur du département trainait pour compléter et retourner le contrat. Le projet 3 litres aux cent kilomètres était financé par l’état qui avait choisi de faire traiter en parallèle par 5 équipes le problème de la consommation des voitures. Matra était un des chefs de file. Le temps passait et François Mitterrand est devenu le président de la République. Le pétrole avait baissé depuis la naissance de projet alors le nouveau ministre de la Recherche a décidé qu’il n’y aurait plus que 2 projets l’un confié à Renault l’autre à PSA. Tous ceux qui avaient signés intégraient un des projets. J’ai été invité avec le directeur du département mécanique par Matra dans un restaurant très luxueux pour apprendre au désert qu’il n’y aurait pas de contrat pour nous.

Quelques temps après les fonds manquaient et un licenciement de treize personnes était prévu. Je me suis fâché avec l’incompétent qui nous avait fait perdre le contrat. C’était le fameux premier embauché. Il avait progressé dans la hiérarchie mais pas dans les connaissances. Puis je suis allé voir le PDG. Nous avons hurlé tous les deux. Il m’a couru après pour me frapper. Beaucoup plus mince j’ai profité de l’encombrement causé par le mobilier massif pour m’échapper. Quelques jours après nous nous sommes reparlés.

— dès que j’aurais trouvé un emploi payé 50% de plus qu’ici je partirais. 

— Regarde ce document. Matra a parlé de ton invention à Renault qui m’offre 3 fois ton salaire pour que je te mette à leur disposition. Comme c’est pour toi je le déchire.

Comme je voulais narguer mon patron en respectant la raison annoncée pour mon départ , j’ai mis trois mois pour décrocher un entretien en postulant dans une entreprise dont l’offre venait de passer pour la troisième fois, preuve d’un vrai besoin. Présélectionné par un cabinet parisien je suis allé rencontrer le directeur d’une filiale d’un grand groupe.

— Bonjour, je viens pour le poste d’ingénieur recherche

— Je vois ; vous avez fait l’INSA de Lyon puis vous avez travaillé dans le centre de recherche de JJ Bécaud. Pourquoi en êtes-vous parti ?

— Je me suis fâché avec lui. Un des directeurs faisait perdre de l’argent et il a préféré faire des licenciements au lieu de recadrer ce directeur. Je trouvais cela injuste.

— Juste avant vous je viens d’embaucher un chef du personnel M Orel qui avait eu des problèmes avec sa hiérarchie. Je dois vous dire que la mission ne sera pas facile car ma mission est de redresser un site en difficulté. Le poste est rattaché à mon adjoint mais vous devrez aussi me faire un bilan de qui devrait être corrigé.

— Les difficultés ne me font pas peur. Pendant les études j’ai toujours choisi les sujets dont personne voulait car ils paraissaient les plus difficiles. Cela m’a parmi d’être embauché avant la fin de l’année scolaire.

— Je vous remercie. Je suis attendu je vous dois vous dire au revoir M Orel.

Je suis sorti en cachant mon euphorie. Ce directeur avait l’air sympathique et son lapsus me prouvait qu’il avait l’intention de m’embaucher.

Deux semaines après j’étais reconvoqué. J’avais une idée de ce que je pouvais demander mais je préférais laisser ce dirigeant m’annoncer le salaire prévu ; 15 % au-dessus de mon espérance la plus optimiste. Nous avons parlé logement, l’entreprise avait 2 maisons vides à des loyers bien supérieurs à celui du HLM que j’habitais mais je pouvais le supporter même si mon épouse allait perdre son emploi. J’ai signé mon contrat.

De retour auprès de mon épouse je rédigeais ma lettre de démission et suis allé la remettre le lendemain à JJ Bécaud.

— Voila Monsieur je m’en vais avec un peu de regrets mais si la recherche est ma passion mon salaire est à peine au-dessus du minimum des conventions collectives. Mon espèce de pari de trouver 50 % de plus était réalisable et je l’ai fait.

— Je suis content que tu partes. J’ai toujours assez apprécié ton imagination pour ne pas te licencier mais tu es vraiment trop indiscipliné. Tu remets en cause la stabilité de l’organisation.

Pour occuper mes trois mois de préavis j’ai proposé un projet au directeur d’un autre service celui où était Maurice qui a défendu mon idée d’automatisation.  Pour mon projet de fin d’étude j’avais développé un équipement de mesure à base de microprocesseur. C’était le tout début des composants électroniques programmables. Je voulais apprendre à m’en servir alors j’en ai commandé un aux états unis. C’était le produit qui a permis la réalisation du premier micro-ordinateur Apple. Le chef de Maurice a accepté de me racheter ma carte avec le microprocesseur et m’a autorisé à automatiser une ligne de production. J’ai terminé à temps en laissant un matériel qui a augmenté la production de 40%. La société a décidé de faire automatiser une deuxième ligne identique à la première par une société. Leur algorithme différent du mien leur a fait mettre 13 mois pour arriver à un gain de production inférieur à 20%.

Pendant mon préavis mon salaire a été augmenté ce qui m'a beaucoup fait rire bien que je perdais ainsi mon pari. Je me disais que c'est bête cette réaction d'un égo blessé. Maintenant je pense que c'était simplement un alignement avec le minimum des conventions collectives.

Après de courtes vacances je suis venu prendre mon nouveau poste. Très bon accueil des salariés et de directeur. Il m’annonce que la plus petite des maisons a été prise par son nouveau chef du personnel ; il me propose la grande au prix de la petite. Comme la maison a besoin de travaux il m’offre l’hôtel jusqu’à la fin des travaux. Il fondait vraiment de très grands espoirs en moi je ne devais pas le décevoir.  

 

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